L’expo Louis Vuitton Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs valait presque à elle seule le voyage à Paris. Le 1er étage est dédié à la naissance de la maison Louis Vuitton, rapidement devenue référence dans la fabrication de malles de luxe. Quant à la 2ème partie, elle est consacrée au monde fou et merveilleux du créateur Marc Jacobs.

L’exposition commence par nous compter le contexte de la création de la maison Louis Vuitton. A l’époque, faire ses valises était un véritable calvaire. (Encore plus que maintenant, oui oui !) Alors que nos vêtements sont aujourd’hui relativement simples, les femmes du 19ème siècle étaient de véritables mille-feuilles. Imaginez un peu : la lingerie (beaucoup moins minimaliste que la notre), un corset, des jupons, une crinoline, des jupes, des gilets, des chapeaux, des gants… Et ne parlons pas des tenues à emporter pour toutes les occasions ! Vêtements de voyage, pour la promenade, le bal, les courses de chevaux, les visites de courtoisie… Des vêtements de poupée datant de l’époque de Louis Vuitton (vers 1865) montrent la quantité quasi-astronomique de vêtements et accessoires nécessaires au voyage d’une élégante. Vous comprenez donc pourquoi il fallait de bonnes grosses malles pour contenir le tout.

En 1854, Louis Vuitton fonda sa maison de malletier à Paris. Le monde du voyage est alors en plein essor grâce au développement des moyens de transport et au tourisme international des classes aisées. Vuitton invente une nouvelle malle plate plus facilement empilable que les traditionnels bagages à forme bombée. Confortable, pratique et luxueuse, la malle Vuitton connaitra rapidement le succès. Vuitton fut presque dès le début victime de son succès avec la contrefaçon. En 1888, la marque décide de créer un nouvel imprimé en damier avec l’inscription « Marque Louis Vuitton déposée ». De même en 1896, Vuitton lance son monogramme à motifs de fleurs.  Louis Vuitton devint rapidement une référence dans l’art du voyage, notamment pour ses innovations comme ce lit contenu dans une malle et ces malles à compartiments. 

Après avoir vu le début de l’exposition, montons au 2ème étage dans le monde de Marc Jacobs pour Louis Vuitton.  Directeur artistique depuis 15 ans de la vénérable maison fondée en 1854, Marc Jacobs a véritablement créé l’identité mode de Louis Vuitton. Tout en ayant un réel respect pour l’histoire de la marque  et un grand savoir-faire,  Jacobs met un point d’honneur à être légèrement irrespectueux avec l’image de Vuitton. Laisser libre cours à sa folle créativité lui permet de créer une dynamique continue. Cette démarche a placé Vuitton en marque de luxe majeure sur le marché, reconnue à la fois pour son patrimoine et sa touche pointue.

En quittant la très patrimoniale première partie de l’exposition, on tombe sur une myriade de petits écrans très colorés représentant les sources d’inspiration et références culturelles de Marc Jacobs. Mia Farrow dans Rosemary’s Baby, Psycho et autres films d’horreur, Vivienne Westwood, le dessin animé SpongeBob Squarepants (Marc Jacobs le porte en tatouage), magasines de mode, glam rock, films de science-fiction… Comment le créateur incorpore-t-il ce mood board géant dans la mode Vuitton ?

On parvient ensuite à un mur de sacs présentés comme une boite à chocolats. Les malles n’étant plus d’actualité, la maroquinerie est devenue l’activité phare de Louis Vuitton. Cette partie rend compte de l’étonnante créativité de l’équipe stylistique qui réinvente le sac Vuitton au fil des saisons avec une fantaisie débridée. Comme ici, le modèle Louis Vuitton Tribute Patchwork du printemps-été 2007 réalisé à partir de 15 sacs. On peut suivre sa création dans l’excellent documentaire de Loic Prigent Marc Jacobs & Louis Vuitton.

Lorsque Marc Jacobs a commencé à travailler sur la mode Vuitton, il a choisi de créer des vêtements portables et simples mais très luxueux. Il avait une certaine méfiance par rapport au monogramme, signe identitaire de Vuitton. Il l’a donc rendu invisible dans sa première collection en le plaçant sur l’envers des boutons, les ganses des manteaux, les doublures… Petit à petit, le monogramme est devenu s’est révélé, avec des effets de vernis sur les sacs par exemple, et est désormais bien visible sur les vêtements comme on peut le voir sur cette blouse d’une récente collection.

Au fil des collections, le style Louis Vuitton s’est détaché du minimalisme initial. L’ex-directeur du studio femme Vuitton Peter Copping (maintenant directeur artistique pour chez Nina Ricci) a eu une influence forte sur cette évolution vers une femme plus frivole et « frenchie ».

La mise en scène de cette exposition a été réalisée par Sam Gainsbury et Joseph Bennett qui ont travaillé précédemment sur Alexander McQueen Savage Beauty (dont je vous avais parlé ici).

La fin de l’exposition présente les collaborations de Louis Vuitton avec les artistes Stephen Sprouse, Takashi Murakami et Richard Prince. Grand amateur d’art, Marc Jacobs a initié chacun de ces partenariats. Concernant la collaboration avec Stephen Sprouse, Marc Jacobs raconte avoir vu dans l’appartement de Charlotte Gainsbourg une malle Vuitton ayant appartenu à son père Serge. Elle était entièrement repeinte en noir, comme pour se moquer du monogramme de la maison. Cela lui a fait penser à son œuvre préférée, L.H.O.O.Q. de Duchamp. Dans cette optique, il a demandé à Stephen Sprouse de donner un hommage irrévérencieux au logo Vuitton en 2001 en recouvrant les sacs de ses graffitis. Quant aux imprimés léopard de la collection automne-hiver 2006/2007, ils sont inspirés d’un dessin de Stephen Sprouse.

Pour en savoir plus sur cette exposition, vous pouvez consulter son site officiel, vous procurer le livre et lire l’interview (en anglais) de Pamela Golbin, conservatrice du Musée des Arts Décoratifs.

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